Actualités de l'histoire

Ce serait révéler un secret de polichinelle que d’annoncer ici, le plus sérieusement du monde, que l’année 2014 s’annonce importante sur le plan mémoriel. Le centenaire de la Première Guerre mondiale est déjà une réalité depuis plusieurs mois, parfois plusieurs années, pour les acteurs en charge de développer des projets dans ce cadre.

Mais le terme important peut s’avérer polysémique en ce qu’il peut qualifier la dangerosité potentielle d’une commémoration. Or la mémoire de 1914 n’est pas sans ignorer celle des Fusillés pour l’exemple. On se rappelle qu’Antoine Prost a récemment rendu un rapport exposant au ministre délégué auprès du ministre de la Défense, chargé des Anciens combattants, un « point de vue historien » sur la question.

Belle initiative, unanimement saluée d’ailleurs, mais qui n’éteint pas la verve commémorative des militants de la mémoire emmenés par la Fédération nationale de la libre pensée. Réclamant « la réhabilitation collective des Fusillés pour l’exemple », ils organisent de nombreux rassemblements pour soutenir leur cause. Ainsi le 24 novembre prochain à Peyriac-Minervois, dans l’Aude, devant la sépulture de Louis Barthas, tonnelier et célèbre combattant de la Grande Guerre dont nous aurons l’occasion de reparler très prochainement dans ces mêmes colonnes. La Bretagne n’est pas absente de ce mouvement et c’est au Férré, en Ille-et-Vilaine, le 11 novembre, sur la tombe de Lucien Lechat, l’un des célèbres caporaux de Souain, que se réuniront les libres penseurs.  Un rassemblement aura également lieu, ce même jour, à Audierne.

Lucien Lechat. CNDP.

Mais si 2014 est une année mémorielle importante, c’est qu’elle est aussi celle du 70e anniversaire de l’année 1944, célébration là encore non exempte de points de crispation mémoriels et historiographiques. C’est donc avec un réel intérêt que l’on s’intéressera au colloque organisé, entre autres, par Armelle Mabon à Lorient, du 27 au 29 novembre 2014. Profitant de la dynamique entourant le 70e anniversaire du drame de Thiaroye, cette manifestation entend réfléchir sur les « Massacres et répressions dans le monde colonial » en confrontant aux archives les discours officiels, mémoriels, et/ou fictionnels. L’appel à communication est ouvert et les propositions sont à adresser pour le 1er février 2014, au plus tard.

In fine, ce sont les conditions de la fabrique de l’histoire, et tout particulièrement les interactions avec l’engagement de l’historien, que tente d’explorer ce colloque. Il s’agit là d’une dimension aussi importante que fertile qui, d’ailleurs, ne peut pas ne pas évoquer le programme Histinéraire, La fabrique de l’histoire telle qu’elle se raconte. Celui-ci vise à collecter puis analyser de multiples essais d’ego-histoire, ces mémoires présentés en vue d’une habilitation à diriger des recherches et visant à établir une autobiographie scientifique et intellectuelle du postulant. Le but de ce programme Histinéraire est à la fois désarmant de simplicité et saisissant de par ses objectifs : faire l’histoire de la communauté scientifique historienne. Nul doute que les enjeux mémoriels, tels que ceux énoncés plus haut, pourront y apparaitre comme un moteur puissant, enrichissant encore un peu plus la dialectique entre mémoire et histoire…

Erwan LE GALL