Appel à contribution : Faire fronts - Les multiples théâtres extra-occidentaux de la Grande Guerre

Le réseau « Une Plus Grande Guerre » s’envisage comme un réseau pour la génération de jeunes chercheurs en sciences humaines et sociales qui a vu le jour au cours des quatre années de commémoration du Centenaire de la Première Guerre mondiale. Il s’organise autour du dépassement des frontières, à la fois chronologiques, géographiques et disciplinaires qui orientaient généralement l’étude de la Première Guerre mondiale en France. L’objectif est d’assurer la vitalité de la recherche après le Centenaire tout en maintenant la qualité et l’intensité des échanges.

La deuxième journée d’étude du réseau sera consacrée aux théâtres méconnus, généralement non-occidentaux, de la Grande Guerre, qui se tiendra à l’Université de Bretagne Occidentale les 19 et 20 septembre 2019.

Quelque part dans les Balkans. Carte postale. Collection particulière.

Si la Grande Guerre a éclaté à Sarajevo, au cœur des Balkans, le sort des armes a rapidement détourné l’attention des montagnes serbes pour l’orienter vers les champs de batailles de France et de Belgique. Un même basculement paradoxal s’est opéré pour le front de l’Est, où la France misait tant et espérait voir les Puissances centrales défaites.

Les commémorations de la Grande Guerre ont en un certain sens renforcé ce phénomène et fait la part belle aux grandes batailles livrées sur le front Ouest, de Verdun à la Somme en passant par le Chemin des Dames, jusqu’aux batailles d’Arras ou de Saint-Quentin. Elles ont été l’occasion de nombreuses rencontres scientifiques et de temps d’échanges entre universitaires et chercheurs de tous horizons, ainsi que d’une large médiatisation des enjeux et tensions de ces moments clefs de la Première Guerre mondiale. Le Centenaire n’a pas manqué - certes à bien moindre échelle - de mettre en avant des théâtres d’opération et des acteurs négligés de l’historiographie et des mémoires collectives. On a pu ainsi réévaluer l’importance de certains fronts, des opérations conduites en Afrique, des affrontements navals dans l’Océan Atlantique, dans le Caucase ou encore attirer l’attention sur le sort des soldats du Front d’Orient.

Néanmoins, ces théâtres d’opération n’ont pas été pleinement intégrés à la narration de la Grande Guerre. Notre regard reste encore largement euro-centré, pour ne pas dire focalisé sur l’Europe de l’Ouest. Des études récentes ont pourtant récemment mis en question les bornes chronologiques et géographiques de la Grande Guerre, invitant à réécrire l’histoire du conflit dans une perspective résolument globale. Ainsi Cloé Drieu et Julie d’Andurain ont-elles appelé à prêter attention aux interactions entre les Empires ottoman, russe et coloniaux français et britanniques durant le conflit, pour repenser le rapport entre les centres et les périphéries des puissances belligérantes. De la même manière, Pierre Purseigle et Olivier Compagnon ont insisté sur la nécessité de considérer les phénomènes circulatoires dans toute leur ampleur géographique afin de repenser la Grande Guerre dans une perspective connectée. Ces décentrements du regard, au-delà de l’Europe de l’Ouest et par delà les bornes habituelles du conflit, contribuent à dessiner les contours d’une « Plus Grande Guerre » dont l’histoire globale reste à écrire.

L’attention portée à d’autres fronts, d’autres conditions de combat et d’autres configurations d’acteurs révèle l’existence d’un terrain favorable à une approche élargie du conflit, où géographie, géopolitique et ethnologie s’associeraient au champ historique pour mieux mettre en évidence l’impact de la guerre sur des territoires jusqu’à présent négligés. À titre d’exemple, alors que l’histoire environnementale renouvelle les lectures du XXe siècle, les historiens pourraient considérer plus fortement les relations entre les combattants et leurs terrains d’opération à l’échelle mondiale. Pris en compte dans les analyses, mers, déserts ou steppes permettraient de dépasser la dichotomie « européenne » entre guerre de plaine et guerre de montagne.

Carte postale. Collection particulière.

Une génération de jeunes chercheurs s’est attelée à des études de cas et de phénomènes battant en brèche les catégories nationales traditionnelles. Néanmoins, ces approches restent dépendantes des études de cas régionaux et nationaux, cadre dont on ne saurait faire abstraction. De plus, l’accès à de nombreuses sources et leur mise en regard restent conditionnés par la pratique de plusieurs langues. La délicate mais vivifiante articulation entre « global » et « local » ne semble donc pouvoir faire l’économie d’une mise en commun des efforts et d’une confrontation des perspectives. Là est donc le sens des journées d’étude que le réseau « Une Plus Grande Guerre » organise à l’Université de Bretagne Occidentale, à Brest : contribuer à alimenter l’effort dialectique porté par les jeunes chercheurs étudiant ces fronts et théâtres souvent qualifiés de périphériques. Les jeunes chercheurs, de la deuxième année de Master à la troisième année suivant la soutenance de thèse, sont invités à des tables rondes autour de travaux communiqués au préalable aux autres participants. Il s’agira pour chaque participant de commenter l’article d’un autre jeune chercheur et d’obtenir en retour des commentaires sur son propre travail, avec la médiation de chercheurs confirmés. Ces communications pourront porter, entre autres, sur une ou plusieurs des thématiques proposées à titre indicatif :

  1. Front du Moyen-Orient (Caucase, Irak, Égypte, etc.)
  2. Balkans
  3. Atlantique
  4. Front de l’Est
  5. Amérique latine
  6. Asie
  7. Afrique

Les organisateurs favoriseront les communications qui abordent le poids, négligé, de ces théâtres dans les prises de décisions stratégiques, et dans l’élaboration d’une guerre de coalition aux implications globales. Ces théâtres d’opération doivent également être considérés pour eux-mêmes, en rendant compte de la nature des combats et des conditions de vie des forces européennes ou autochtones tout autant que de la vie des populations civiles et de la situation économique et politique des territoires impliqués dans le conflit. On prêtera également attention aux communications proposant une géographie plus fine, aussi bien urbaine et logistique que sociale et humaine de ces fronts, l’étude de villes comme Salonique ou Athènes, ayant, par exemple, beaucoup apporté à notre connaissance du front d’Orient.

Salonique, 1918. Carte postale. Collection particulière.

Ce décentrement ne serait complet si on n’insistait pas sur le rôle du front domestique et également sur la manière dont ont été alimentés et maintenus les liens logistiques avec ces fronts, au départ de la métropole mais aussi avec les autres théâtres périphériques. À travers l’exemple de Saint-Nazaire, Erwan Le Gall a récemment montré le parti que les chercheurs peuvent tirer de nouvelles études sur les ports français recevant et projetant les renforts tant matériels qu’humains. Il s’agit donc, in fine, d’aller au-delà d’une agrégation d’études sur différents fronts mais bien interroger l’interconnexion entre ces fronts et l’épicentre du conflit.

On ne rendrait pas pleinement justice à l’interconnexion de ces fronts si on ne faisait une place à la circulation des images, objets et récits de ces guerres lointaines par-delà les mers et les océans, mais aussi leur persistance ou leur oblitération dans l’entre-deux-guerres.

Les propositions de communication (300 mots max. accompagnées d’un CV) sont à adresser à uneplusgrandeguerre@gmail.com avant le 20 février 2018. Les journées d’étude seront suivies d’une publication des textes sous la forme d’un volume collectif.

Après notification d’acceptation par le comité scientifique, les articles (entre 6.000 et 8.000 mots) seront attendus pour fin août 2019 afin d’assurer leur circulation préalablement à la rencontre, qui se tiendra les 19 et 20 septembre 2019 à la Faculté Victor Segalen de Brest.

Dans la perspective d’impliquer le maximum de chercheurs, les présentations en vidéoconférence et les questions par transmission directe (e.g. Facebook live, Twitter…) seront possibles.

 

Comité scientifique :

  1. Damien Accoulon (Université Paris Nanterre)
  2. Julie d’Andurain (Université de Lorraine)
  3. Fabrice Bouthillon (Université de Bretagne Occidentale)
  4. Sébastien Carney (Université de Bretagne Occidentale)
  5. Emmanuelle Cronier (Université Picardie-Jules-Verne)
  6. Cloé Drieu (EHESS)
  7. Frédéric Guelton (H.M.A.)
  8. Franziska Heimburger (Université de Paris Diderot)
  9. Gwendal Piégais (Université de Bretagne Occidentale)
  10. Julia Ribeiro Sanchez (Université Paris Nanterre)

Comité organisateur :

  1. Fabrice Bouthillon (Université de Bretagne Occidentale)
  2. Sébastien Carney (Université de Bretagne Occidentale)
  3. Gwendal Piégais (Université de Bretagne Occidentale)
  4. Mathieu Panoryia (Université de Lorraine)

 

Conférencier d’honneur : John Horne (Trinity College, Dublin)

 

Bibliographie :

  1. Julie D’ANDURAIN et Cloé DRIEU, « Par-delà le théâtre européen de 14-18. L’autre Grande Guerre dans le monde musulman », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée [En ligne], 141 | juin 2017, mis en ligne le 25 octobre 2017, consulté le 15 novembre 2018.
  2. Sébastien CARNEY (dir.), 1917-1919, Brest ville Américaine ?, Brest, CRBC, 2018.
  3. Olivier COMPAGNON, Pierre PURSEIGLE, « Géographies de la mobilisation et territoires de la belligérance durant la Première Guerre mondiale », Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2016/1 (71e année), p. 37-64.
  4. Olivier COMPAGNON, L’adieu à l’Europe. L’Amérique latine et la Grande Guerre, Argentine et Brésil, 1914-1939, Paris, Fayard, 2013.
  5. Frederick R. DICKINSON, War and National Reinvention: Japan in the Great War, 1914- 1919, Cambridge, Harvard University Asia Center, 1999.
  6. Cloé DRIEU, « Situation révolutionnaire au Turkestan », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, Paris, Presses de Sciences Po, n° 135, juillet-septembre 2017.
  7. Étienne FORESTIER-PEYRAT, « Faire la révolution dans les confins caucasiens », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, Paris, Presses de Sciences Po, n° 135, juillet-septembre 2017.
  8. Peter HOLQUIST, Making War, Forging Revolution: Russia’s Continuum of Crisis, 1914- 1921, Cambridge, Harvard University Press, 2002.
  9. Erwan LE GALL, Saint-Nazaire, les Américains et la guerre totale (1917-1919), Les Cilonautes-Éditions Codex, 2018.
  10. Jean-Yves LE NAOUR (dir.), Front d’Orient, 1914-1919. Les Soldats oubliés, Actes du colloque européen « Le Front d’Orient. 14-19, les soldats oubliés » tenu les 12 et 13 décembre 2014 à l’auditorium du musée d’histoire de Marseille, Marseille, Éditions Gaussen, 2016.
  11. Joshua A. SANBORN, Imperial Apocalypse: The Great War and the Destruction of the Russian Empire, New York, Oxford University Press, 2014.
  12. Lawrence SONDHAUS, The Great War at Sea: A Naval History of the First World War, Cambridge, Cambridge University Press, 2014.
  13. Kristian Coates ULRICHSEN, The Logistics and Politics of the British Campaigns in the Middle East, 1914-22, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2010.
  14. Jay WINTER, « The Second Great War, 1917-1923 », Revista Universitaria de Historia Militar, Vol. 7, No 14 (2018), pp. 160-179.