L'éclaircie bretonne du Paris-Nice 1936

Le 17 mars 1936, le peloton quitte la grisaille parisienne dans l'espoir de trouver, quelques jours plus tard, la chaleur de Nice. La mythique « Course au Soleil » n'en est qu'à sa quatrième édition mais elle remporte déjà un franc succès. Il faut dire qu'elle est parrainée par Raymond Patenôtre, propriétaire influent du groupe de presse auquel appartient le célèbre quotidien Le Petit journal. Une médiatisation dont profite le cyclisme breton, fièrement représenté par les trois grands protagonistes de la semaine : René Le Grévès, Jean Fontenay et Pierre Cogan.

Paris-Nice a déjà tout d'une grande épreuve en cette fin des années 1930 : des coureurs renommés et une belle caravane publicitaire. Particulièrement représentées, les marques d'alcool et de tabac ont foi en ce sport d'endurance. Un comble.

En 1938, sur la route de Paris-Nice. Bike Race Info.

Côté course, le peloton roule depuis trois jours lorsqu'il atteint Avignon. Alors que 19 coureurs se présentent pour le sprint d'arrivée, René Le Grévès fait figure de  favori. Il est l'un des plus grands sprinteurs de sa génération. Alors qu'il n'a que 25 ans, il totalise déjà neuf victoires d'étapes sur le Tour de France. Malheureusement, le Belge Gustave Danneels lui souffle la victoire1.

Lors de l'ultime week-end, les couleurs bretonnes ensoleillent la Côte d'Azur. Le samedi  21 mars au matin, les coureurs s'élancent pour un contre-la-montre par équipe de 71 kilomètres entre Marseille et Toulon2. La domination de l'équipe Helyett propulse sur le devant de la scène un jeune Breton méconnu du grand public :  Jean Fontenay. Le coureur de 24 ans ne s'est en effet illustré que sur le Circuit de l'Ouest en remportant une étape quelques mois plus tôt. La prise du maillot de leader lui assure une nouvelle renommée.

Jean Fontenay a tout juste le temps de savourer son butin que le peloton reprend la route en direction de Cannes. Sous le coup de la pression ou de la fatigue, le jeune coureur n'arrive pas à suivre les attaques de ses principaux rivaux Maurice Archambaud et Félicien Vervaecke. Il craque dans la montée de l'Estérel. Pour la victoire d'étape, c'est encore René Le Grévès qui s'illustre, de nouveau battu sur le fil par … Gustave Danneels. Fontenay, épuisé, conserve son maillot avec près de deux minutes d'avance. Pourtant, une lourde sanction tombe dans la soirée. Accusé d'avoir été poussé par ses équipiers lors de l'ultime ascension, les juges lui infligent une pénalité de deux minutes. Son rival Félicien Vervaecke reprend la tête du général pour quelques secondes.

Carte postale à l'effigie de Félicien Vervaecke (détail). Collection particulière.

Le lendemain, le final s'annonce haletant. Les trois coureurs peuvent encore prétendre à la victoire finale à Nice3. Félicien Vervaecke est rapidement mis hors course par une succession de malchances : crevaisons puis chutes. Peu avant l'arrivée à Nice, Jean Fontenay et Maurice Archambaud sont au coude à coude. La montée de la Turbie scelle le sort de la quatrième édition de la « Course au soleil ». Sous la pluie et le vent, c'est un autre Breton, Pierre Cogan qui met le feu aux poudres. Ce dernier, âgé de 22 ans, est l'une des révélations du dernier Tour de France qu'il a terminé à la onzième place avec, en prime, une victoire d'étape. Dénué de tout sentiment régionaliste, l'Alréen travaille pour son leader Maurice Archambaud. Dans l'ascension finale, ils sont trois de l'équipe Mercier à prendre la tête : Cogan, Kint et Archambaud. Jean Fontenay ne les revoit pas. Le trio arrive à Nice et Pierre Cogan remporte la victoire d'étape. Jean Fontenay termine quatrième à près de trois minutes. Il se console par une très belle deuxième place au général.

Le dimanche 22 mars 1936 vient donc conclure une très belle semaine pour le cyclisme breton. Pourtant pas de quoi s'enthousiasmer. L'Ouest-Eclair regrette en effet le manque d'adversité d'une course en concurrence avec la classique italienne Milan San Remo4. Et puis, toujours selon le quotidien rennais, Paris-Nice arrive trop tôt dans la saison. Beaucoup pensent davantage à s'entrainer qu'à gagner la course. Une critique qui ne doit pas entamer le plaisir des trois Bretons qui se révèlent encore un peu plus aux yeux du grand public. Une étape avant de confirmer leurs talents sur les routes du Tour de France sur lequel ils ont l'occasion de briller tous les trois.

Yves-Marie EVANNO

 

1 « Dix-neuf coureurs se présentent ensemble à Avignon, et Danneels enlève  au sprint la 3e étape de Paris-Nice », Le Petit journal, n°26727, 20 mars 1936, p. 6.

2 « Le ''déjeuner de soleil'' de Fontenay dans Paris-Nice», Le Petit journal , n°26729, 22 mars 1936, p. 8.

3 « Marice Archambaud enlève le IVe Paris-Nice », Le Petit journal , n°26730, 23 mars 1936, p. 6.

4 « La course cycliste au soleil », L'Ouest-Eclair, n°14383, 24 mars 1936, p. 9.