De la Rhur à Guerlédan : itinéraire d’un ingénieur devenu ministre, Yves Le Trocquer

Ingénieur de formation, le Breton Yves Le Trocquer est l’une des principales personnalités politiques françaises de l’après Première Guerre mondiale. Devenu ministre des Travaux publics en 1920, il œuvre pendant près de cinq ans à la reconstruction du territoire. En dépit de son engagement national, le député des Côtes-du-Nord n’en demeure pas moins attaché au développement économique de sa région natale.

Yves Le Trocquer sortant du Conseil des ministres le 9 septembre 1922. Gallica / Bibliothèque nationale de France:  Rol, 78313.

Yves Le Trocquer naît le 4 octobre 1877 à Pontrieux dans les Côtes-du-Nord. A l’âge de deux ans, il perd tragiquement son père, lieutenant de vaisseau, disparu en service commandé le 28 juin 1879 à bord de l’Amiral Charner1. Malgré la douleur, le jeune homme poursuit une brillante scolarité qui lui permet d’entrer à Polytechnique à l’âge de 18 ans. A sa sortie de la prestigieuse école, il intègre immédiatement le corps des Ponts-et-Chaussées et commence sa carrière professionnelle à Saint-Nazaire. Dans la ville de Loire-Inférieure, il participe activement à l’amélioration du port, ce qui lui vaut d’ailleurs d’être décoré de la Légion d’honneur en 19112.

En 1910, il accepte de prendre en charge la direction technique du cabinet du ministère des Travaux publics. Ses compétences lui permettent de se maintenir à ce poste malgré les multiples changements de cabinets. En 1915, en pleine guerre, il change toutefois de ministère en prenant la direction du service des transports et de l’exploitation militaire des voies navigables. Pendant près de trois ans, il contribue alors à améliorer le ravitaillement des armées3.

Passionné de politique, il décide enfin de se présenter aux élections législatives de l’automne 1919. Candidat de la gauche radicale, il est élu député des Côtes-du-Nord dès sa première tentative. Yves Le Trocquer n’a pas le temps de fêter sa victoire. Dans les heures qui suivent son élection, Georges Clémenceau lui propose de devenir sous-secrétaire d’Etat aux Finances au sein du ministère qu’il est en train de constituer. La carrière politique du Breton s’accélère alors rapidement puisqu’en 1920, il récupère un ministère qu’il connaît bien : les Travaux publics. Sa compétence à ce poste lui permet de conserver son portefeuille pendant plus de quatre ans et ce, malgré les changements réguliers de cabinets. En raison de sa longévité aux Travaux publics, L’Ouest-Eclair fait remarquer que « son nom reste attaché à l’occupation de la Rhur, à la réorganisation des chemins de fer et de l’outillage économique du pays »4.

Yves Le Trocquer, le 19 février 1922, à la tête d'une délégation de Bretons de Paris sur la tombe du soldat inconnu. Gallica / Bibliothèque nationale de France:  Rol, 72091.

Homme politique d’envergure nationale, Yves Le Trocquer n’est reste pas moins attaché au développement économique de sa région natale. En développant le concept de « houille verte », il assure que l’utilisation du réseau hydrographique peut faire prospérer l’industrie bretonne. Il œuvre ainsi à la construction du barrage de Guerlédan en 1923, puis tente de faire aboutir, avec moins de succès, un projet d’usine de production d’électricité sur la Rance. S’il quitte en 1924 le ministère des Travaux publics, Yves Le Trocquer continue de rester populaire auprès des électeurs. Il est réélu député en 1924 puis en 1928 avant d’être élu au Sénat en 1929. Il décède au court de son mandat le 21 février 1938. Une stèle lui rend hommage à Pontrieux.

Yves-Marie EVANNO

 

 

 

 

 

1 Archives nationales, LH/1622/59, dossier Yves Marie Le Trocquer.

2 Archives nationales, LH/1622/60, dossier Yves Marie François Le Trocquer.

3 « Yves Le Trocquer », in Jolly, Jean (dir..), Dictionnaire des parlementaires français, en ligne.

4 « La mort de M. Le Trocquer », L’Ouest-Eclair, 22 février 1938, p. 5.